L’histoire dépasse largement le nouveau livre de Thélyson Orélien (dont je parle dans mon précédent billet).
Des internautes ont remarqué que son texte « Ne mettons pas nos héros sur un piédestal », publié le 28 février 2013 sur LaPresse.ca et sur son blog Médiapart, était une (mauvaise) traduction d’un article publié 5 jours auparavant sur un site d’information anglophone philippin.
Par curiosité, j’ai voulu creuser et examiner d’autres articles d’Orélien publiés antérieurement au déploiement des IA génératives. Et sur une quinzaine de textes examinés datant de 2012-2013, douze, au moins, reposent largement sur du plagiat.
Dans « Frankétienne et les quiproquos de la gloire », publié le 2 septembre 2012 sur son blog Port d’Attache, Orélien s’approprie des passages du texte « Le spiralisme de Frankétienne » de Saint-John Kauss publié en 2007. Kauss écrit : « Les représentants du spiralisme ont eu toutes les misères du monde à concrétiser et à définir pour les uns et pour les autres, leur mouvement. » Orélien, en 2012 : « le chef de fil du spiralisme a eu toutes les misères du monde à concrétiser et à définir pour les uns et pour les autres, son mouvement ». Kauss reproduit ensuite la même longue définition du spiralisme par Frankétienne et, plus loin, la citation d’Ultravocal « L’œuvre n’appartient à personne ; elle appartient à tout le monde… », que l’on retrouve également chez Orélien. Il y a aussi une reprise directe de Frankétienne lui-même. Orélien écrit sans guillemets : « Narrations. Descriptions. Monologues. Rumeurs de voix. Personnages ballottés entre la vie et la mort avec textes éparpillés. » Or dans l’avant-propos d’Ultravocal on lit : « Narration. Description. Monologue. Rumeur de voix. Personnages ballottés entre la vie et la mort, dans l’éparpillement du texte. » On trouve même une reprise presque mot pour mot d’un vers de Victor Hugo : « L’Être en qui tout se fond, mais de qui tout diffère » (tiré de Religions et religion, 1880), qui devient, chez Orélien : « Une écriture en qui tout se fond, mais de qui tout se diffère » (ce qui ne veut pas dire grand-chose).
Son texte « Mo Yan : celui qui ne parle pas », publié le 11 octobre 2012 sur LaPresse.ca et repris sur son blog Port d’Attache, pompe largement l’article d’Alison Flood, « Mo Yan wins Nobel prize in literature 2012 », publié le même jour sur le site de The Guardian. Une grande partie de la trame biographique et journalistique est traduite ou adaptée sans que The Guardian soit nommé. On note même des erreurs assez évidentes de traduction. Le terme anglais eventually rendu par « éventuellement », par exemple.
Son texte « Le Cas Suprenant », publié sur LaPresse.ca le 14 novembre 2012, plagie un long développement tiré de L’Insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera. Brève illustration. Kundera : « par des criminels, mais par des enthousiastes convaincus d’avoir découvert l’unique voie du paradis. […] il devint clair comme le jour que le paradis […] ». Orélien « […] des enthousiastes convaincus d’avoir découvert une voie du paradis. Aujourd’hui, ça commence à devenir clair comme le jour que le paradis […] ».
Le texte d’Orélien intitulé « Le retour à l’équilibre annoncé », publié le 21 novembre 2012 sur LaPresse.ca, reprend plusieurs passages d’un document du ministère des Finances du Québec, « Des finances publiques saines pour protéger nos valeurs », sous-titré « le retour à l’équilibre budgétaire en 2013-2014 », daté de 2009, ainsi qu’une formulation issue des débats de l’Assemblée nationale.
Le texte d’Orélien intitulé « Tous les conflits deviennent mondiaux », publié le 10 décembre 2012 sur LaPresse.ca et sur Mondoblog, reprend une partie importante d’un article de Gene H. Hogberg, « The United Nations at 40 », traduit en français et paru dans un numéro du magazine La Pure Vérité daté de juillet-août 1985. Le titre même d’Orélien provient de ce texte, dont plusieurs passages de la seconde moitié sont reproduits presque tels quels. Hogberg : « le Conseil de sécurité, s’est rapidement transformée en un forum où les nations polémiquent à la façon dont les partis s’affrontent dans l’enceinte d’un parlement national ». Orélien : « au Conseil de Sécurité, principal organe de décision, transformé en un champ où se livrent un duel sans merci, un forum où les nations polémiquent à la façon dont les partis s’affrontent dans l’enceinte d’un parlement ». Hogberg : « En raison des politiques pratiquées au sein des Nations unies, non seulement les grands problèmes sont virtuellement délaissés, mais beaucoup de litiges régionaux, d’une importance toute relative, sont au contraire portés au niveau d’une crise mondiale. De ce fait, Mme Kirkpatrick a déclaré : “Ce qui se passe à l’ONU, en réalité, exacerbe les conflits au lieu de les régler . . . Une foule de pays qui ne sont en rien directement intéressés par un conflit y sont impliqués. Le résultat, pourrait-on dire, est que tous les conflits deviennent mondiaux.” » Orélien : « En raison des politiques pratiquées, non seulement les grands problèmes sont écartés, mais beaucoup de litiges de peu de d’intérêt sont au contraire portés au niveau d’une crise mondiale. Ce qui se passe à l’ONU, en réalité, exacerbe les conflits au lieu de les régler. Une foule de nations qui ne sont directement intéressées en rien par un conflit y sont impliquées. Le résultat pourrait-on dire est que tous les conflits deviennent mondiaux. »
Le texte d’Orélien intitulé « L’économie de l’éphémère », publié le 27 décembre 2012 sur LaPresse.ca et sur Mondoblog, est largement tiré du chapitre 4 du livre d’Alvin Toffler Future Shock (1970), traduit en français sous le titre Le Choc du futur. Toffler (texte tiré de la trad. française, édition Denoël, 1971) : « Dans la mesure où la société dans laquelle il vivait ne connaissait que peu de changements, chaque objet avait une fonction bien définie et la logique économique appelait une politique de la permanence. » Orélien : « Dans la mesure où la société d’hier ne connaissait que peu de changements, un objet avait une fonction bien définie et la logique économique appelait une politique de la permanence. » Orélien va jusqu’à transformer certains développements de Toffler en propos attribués à un vieux militaire qu’il raconte avoir rencontré dans un café.
Le procédé se poursuit en 2013. Le texte « Il nous faut beaucoup d’imagination pour affronter une révolution », publié par Orélien le 27 janvier 2013 sur Mondoblog et sur son site personnel thelysonorelien.com, plagie encore le même livre d’Alvin Toffler. Toffler : « Il faut beaucoup d’imagination pour affronter une révolution, car son cours n’obéit pas à une trajectoire régulière. Il avance par saccades, reculs et bonds en avant. Une révolution se manifeste par des sauts d’énergie et des renversements dialectiques. » Orélien : « Il nous faut beaucoup d’imagination pour affronter une révolution, car son cours n’obéit pas à une trajectoire régulière ou actuelle. Elle avance par saccades, reculs et bonds en avant. Elle se manifeste par des sauts d’énergie et des renversements dialectiques. »
Le texte d’Orélien intitulé « Le prochain pape devrait être plus jeune », publié le 15 février 2013 sur Les Éphémérides, est une traduction-adaptation très étendue de l’éditorial « Awaiting the white smoke » publié sur le site The Hindu le 13 février 2013. On note là encore de mauvaises traductions. La formule « moved against liberal elements », par exemple, a été rendue par « il a déménagé contre les éléments libéraux ». Ahem.
Je pourrais continuer avec encore une dizaine d’exemples, voire davantage, mais à quoi bon. Un schéma se dégage déjà assez nettement. D’autres ont trouvé des plagiats datant de 2014. Et j’imagine qu’on en trouverait au-delà. Possiblement jusqu’aux environs de l’année 2022.
Une dernière pour la route. Et pas des moindres. En 2012, Orélien reçoit le « prix du public » de Radio-Canada pour sa nouvelle Où va le monde. Seulement, il s’agit d’un plagiat de l’ouvrage de Pauwels Louis et Bergier Jacques intitulé Le matin des magiciens paru en 1960, comme vous pouvez le constater :

ET ALORS ? Me demanderont les imbéciles de gauche. T’es raciste ou quoi ? Parce que l’important, pour ces gens, c’est de faire chier l’extrême droite, pas de défendre la justice ou la vérité. Si l’extrême droite dit qu’il fait jour, c’est qu’il fait nuit. Si l’extrême droite dit que c’est de l’IA, c’est que c’est du Césaire. Ou comment donner du grain à moudre incroyablement bêtement à l’extrême droite. Et puisque vous avez perdu la raison, un rappel : vous ne combattez pas efficacement l’extrême droite en niant la réalité, en refusant de regarder les choses en face, en rejetant par principe et sans aucun examen sérieux des doutes légitimes. Une fraude est une fraude, qu’elle soit soulevée par Sarah Knafo ou par Olivier Besancenot.
Et d’ailleurs ce n’est plus juste l’extrême droite qui soulève de sérieux doutes, mais les fact checkers de Libération, France inter et même Le Nouvel Obs.
Et comme dans l’affaire Arday, l’insupportable, le plus grave, ce n’est pas le faussaire potentiel (j’ai plutôt envie de lui dire bien joué, tu as bien dupé tous ces mange-merde, à la guerre comme à la guerre). La catastrophe, c’est l’industrie éditoriale, dont l’essentiel de la production est d’une nullité affligeante, c’est la presse professionnelle et ses journalistes prétentieux qui ne réalisent même pas quels intérêts ils servent, c’est les médias de masse en général. C’est toute l’intelligentsia, de gauche comme de droite, qu’il faudrait balancer aux ordures avec le monde qui la produit



Merci pour cette analyse documentée et impartiale.
Je partage votre conclusion, j’ai l’impression que la vérité, le débat ne valent plus rien pour une caste qui s’arroge le droit de dire ce qui est ou n’est pas.
Au nom de la démocratie bien sûr !!!!!
Un article si bon qu’on pourrait le plagier…
Je suis d’accord : la faute n’est pas sur Orelien, mais sur ses éditeurs, et ce depuis longtemps : jamais ses plagiats précédents n’auraient dû passer dans une rédaction compétente. “Déménager contre lui” aurait dû mettre la puce à l’oreille de quelqu’un, quand même.